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Porcelain Heart ♦ Ana & Jun (G16)

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Juny
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MessageSujet: Porcelain Heart ♦ Ana & Jun (G16) Mar 28 Juin 2016, 19:26



Cet océan de passion
Qui déferle dans mes veines
Qui cause ma déraison
Ma déroute, ma déveine

Doucement j'y plongerai
Sans qu'une main me retienne
Lentement je m'y noierai
Sans que remord ne me vienne


- Et voilà ! Le petit déjeuner est ser... vi... Juny ?

Non, pas Juny. Qu'on lui fiche un peu la paix, à Juny. Le visage entre les bras, la jeune fille ne cherchait plus à refouler les larmes qui coulaient à flot sur ses joues, ni même les sanglots pathétiques qui s'échappaient du fond de sa gorge. Elle ne prêta aucune attention à Aurore qui déposait le plateau sur son lit, ne se recroquevillant que d'avantage sous les draps. Juny se foutait pas mal de ressembler à une gamine apeurée par des histoires de monstres grotesques ou de grands méchants loups gobeurs d'enfants. Il y avait bien plus apeurant dans la vie, bien plus concret et réel que les contes de fées les plus glauques. La jeune fille sentit la nourrice se mouvoir à côté d'elle. L'instant d'après, Aurore soulevait le drap, révélant une masse repliée de boucles brune et de tissu blanc secouée de soubresauts. Sa main se posa sur l'épaule de Juny avec une délicatesse qui contrastait de beaucoup avec sa vocation d'arracheuse d'oreilles. La magicienne n'eut pas le cœur de s'en défaire. D'ailleurs, elle ne s'en sentait pas la force. Toute son énergie était concentrée dans une lutte acharnée contre l'étau qui lui comprimait la poitrine.
Crâne de Piaf avait bien fini par la lâcher en fin de compte. Elle ne lui avait rien fait. Elle était simplement partie, la laissant seule, les nerfs désespéramment à vif. Juny s'était écroulée après son départ. Elle avait le sentiment horrible que sa peau s'était craquelée de toutes parts et lui était arrachée à grands coups de rasoir. Ses pleurs ne voulaient pas se tarir ; elle ne comprenait pas pourquoi. Ça n'allait pas. Ça n'allait pas du tout. Son esprit habituellement si bien ordonné avait été balayé par le chaos d'une tornade blonde. Juny songea amèrement qu'Ana n'aurait jamais dû passer la porte de sa chambre. Elle n'aurait jamais dû lui jeter sa première insulte au visage. Elle n'aurait jamais dû entrer dans sa vie bordel !


- Tu as vu Anaëlya ?

Bien joué madame Irma, réponse correcte, comme toujours... Aurore était omnisciente, elle connaissait tout sur tout, c'était bien connu. Était-elle seulement humaine ? Ça se discutait. Elle était peut-être même l'instigatrice de cette rencontre après tout, ce serait bien son genre. Juny ne répondit pas pour autant, préférant se murer dans un silence relatif.
Lorsque la main d'Aurore effleura son bras, la magicienne consentit à réagir, mais avec trop peu de hargne pour que la jeune femme ne réussisse pas à dégager son minois rouge et bouffi.


- Que s'est il passé ?

- Ça n'a aucune importance ! rétorqua la jeune fille avec une véhémence
qu'elle regretta aussitôt.

Contre toute attente, Aurore se contenta d'un rictus indéchiffrable.

- Bien au contraire, c'est très important.

Juny ne songea même pas à répondre. Elle ne voyait pas très bien ce qu'elle aurait pu dire de plus. D'ailleurs, un nouveau sanglot lui bloquait la gorge.
Après un certain temps, elle ajouta pourtant.


- Il n'y a aucune chance pour qu'Ana...

Juny s'interrompit d'elle-même. Nul besoin de terminer cette phrase. Il fallait reconnaître qu'Aurore avait compris bien avant elle. C'était hélas aussi frustrant que prévisible.
Non, il n'y avait aucune chance qu'Ana veuille d'elle. Pas sérieusement tout du moins. De l'envie, il y en avait, mais aussi un désir de provocation, de domination qui avait toujours guidé leurs relations. Juny n'en voulait plus, mais la blonde ne jurait que par cela. Et pourtant... pourtant... le doute s'insinuait perfidement dans ses pensées. Ana n'avait pas continué. Elle n'avait pas cherché à la blesser d'avantage et cette décision défiait toute logique. Lorsqu'elle avait provoqué sa crise d'épilepsie il y avait de cela des années, Lohann lui avait raconté qu'Ana était à son chevet à son arrivée et qu'elle semblait sincèrement s'inquiéter. A l'époque, Juny avait cru que sa crainte découlait de la promesse des ennuis qui ne manqueraient pas de lui tomber dessus de tout leur poids si son état s'était avéré grave. Et si jamais elle avait juste... eu peur... pour elle ?
Juny secoua la tête. Crâne de Piaf était ce qu'elle était. Pas de virgule, juste un brutal point à la ligne. Ses incohérences ne lui donnaient pas matière à prendre ses rêves pour des réalités. Alors pourquoi ne pouvait-elle pas chasser de sa tête la pensée qu'Ana tenait un temps soit peu à elle ?


- Fait chier... sanglota t-elle amèrement.

Juny essuya ses yeux d'une main rageuse. Elle maudissait cette garce d'Anaëlya d'avoir un jour ouvert la boîte de Pandore ; elle maudissait Andrew, aussi, de ne pas l'avoir forcée à tomber amoureuse de lui en premier. Enfin, elle se maudissait d'avoir préféré à la douceur de son ami la brutalité de sa sœur. Elle pouvait bien maudire pourvu qu'elle s'arrêtait de pleurer.

- Je sais que tu voudrais avoir cette conversation, murmura t-elle, un peu plus calme, mais...

- Ce n'est plus nécessaire, la coupa Aurore.

Au grand damne de Juny, la jeune femme récupéra le plateau plein à ras-bord de victuailles abandonné à l'autre bout du lit.


- Un peu de pain d'épice ?

Juny se demandait sérieusement pourquoi elle se donnait autant de mal. Elle avait été jusqu'à déranger sa mère en pleine session d'entrainement - qui avait manqué de la décapiter de surprise ce qui ne sentait pas DU TOUT l'acte manqué justement - pour lui demander de localiser Ana, ce qui, en plus de lui avoir valu un regard interrogateur particulièrement insistant de sa génitrice, n'avait pas manqué de suscité quelques questions. Pourquoi diable rechercher cette jeune personne ? Quelque-chose comme : "Pourquoi je veux absolument voir cette infecte blondasse qui n'a de princier que ses cousins pâlichons planqués sous la montagne ? Ses lèvres, sans doute. Ou peut-être bien ses yeux... Disons que c'est l'emballage dans l'ensemble qui n'est pas trop mal foutu." Non. Tant qu'à faire... non. Juny avait eu beau brandir triomphalement la fiole de remède qu'elle transportait, sa mère n'avait pas semblé dupe pour autant. Non, vraiment, il ne fallait pas être Aurore pour constater qu'elle n'était pas convaincue par l'idée que Juny n'avait d'autre idée en tête que d'apporter sa commande à l'écuyère de Miyäck. Le comble ? La magicienne était moins que sûre que le jeu en vaille la chandelle. Son ego lui hurlait de laisser Crâne de Piaf où elle était et de gagner la partie une bonne fois pour toute dès que le moment opportun se présenterait. La poignarder dans le dos. La faire souffrir et connaître le plaisir de la laisser se décomposer dans un état d'agonie intérieure. Parce qu'elle n'admettait pas qu'Ana ait pu la blesser et que sa rancune demeurait vivace. Tout était toujours trop passionné avec Ana, trop extrême, que l'on parle de haine ou... d'autre chose de nettement plus compromettant. Et humiliant. Et absolument inavouable. Oui monsieur, même en pensée ! Quant à le formuler à voix haute... Il faudrait vraiment le lui extirper de la langue. C'était trop fou, et ce n'était vraiment pas la folie qu'elle affectionnait habituellement. Comment faisait le commun des mortels pour vivre dans un tel état d'embrouillement mental permanent ? A peine quelques heures de ce traitement et elle se trouvait devant les écuries à... courir après Anaëlya d’Émeraude, première du nom, princesse des poufs. On se reprend ma grande ! C'est toujours la même sale gosse que tu connais depuis que tu es en âge d'écrabouiller les autres sous tes talons. C'est toujours... Oh et merde.
Elle se trouvait là, à l'autre bout des écuries, seule devant un boxe. Elle ne l'avait pas encore remarquée.


- Pourquoi tu n'as pas continué ?

Sa voix était plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu, raisonnant dans le bâtiment. Simple protection. Ana l'avait vue trop vulnérable pour qu'elle ne puisse supporter d'en montrer d'avantage. Pas sans en avoir eu le cœur net d'abord.

- Tu avais toutes les cartes en main pour m'humilier et tu as choisi de ne pas le faire. Qu'est-ce que c'est ? Une combine tordue pour frapper encore plus fort la prochaine fois ? Une stratégie ?

Elle marqua une pause avant d'ajouter.


- Je déteste ne pas comprendre. Alors j’apprécierais que tu me dises ce qui t'es passé par la tête.


Dernière édition par Juny le Dim 15 Jan 2017, 09:06, édité 1 fois
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Anaëlya
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MessageSujet: Re: Porcelain Heart ♦ Ana & Jun (G16) Mer 07 Sep 2016, 16:18

Merde.
C’était tout ce dont j’arrivais à penser à cet instant. Juste merde.
Merde.
Sortant de chez Juny, légèrement perturbée, j’étais ensuite allée prévenir mon maître de la venue prochaine du médicament pour le cheval. Heureusement, elle n’habitait pas très loin, et je pus ensuite repartir presto au château d’Emeraude. Elle avait clairement vu que j’étais perturbée. Que je n’étais pas dans mon assiette. Elle tenta même de me faire parler, mais j’étais déjà en train de lui tourner le dos pour partir.
Je n’étais pas douée pour parler de... tout ça.
Qu’est-ce qu’il s’était passé ? C’était quoi, ce jeu auquel on jouait, Juny et moi ? Pourquoi est-ce que je faisais tout ça, au juste ? Pourquoi est-ce que je ne la laissais pas dans son coin, à se complaire dans son attitude hautaine, pour faire bien mieux : comme poursuivre mon entrainement auprès de mon maître pour être Chevalière. Oui, je me demandais clairement pourquoi toute cette merde. Comment on en était arrivée là, au juste ?
J’étais un peu perdue. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais rien. Pourquoi je m’étais arrêtée ? J’aurais pu prendre la main sur elle. J’aurais pu lui faire comprendre de ne plus me faire chier, que c’était moi qui commandais. J’aurais enfin pu combler mon besoin de supériorité – puisque j’avais, semble-t-il, ce complexe enfoui en moi, que j’essayais de réprimer tout le temps. Le jeu entre Juny et moi avait commencé de manière explosive, dès le début. Gamines, nous ne faisions que nous juger verbalement, crachant des insultes toutes plus élaborées les unes que les autres. Parfois même se battant. J’aurais pu gagner ce jeu ce matin-même. Mais je me suis ravisée. Je me suis retirée. Pourquoi ?
Dans le fond, je connaissais la réponse. Cependant, je me refusais à la reconnaître. Ce n’était juste pas possible. J’avais eu des relations avec des hommes tous plus beaux les uns que les autres. J’étais mignonne, voir même belle, je pouvais avoir tout ce que je veux, je pouvais avoir tous les hommes que je voulais. Alors pourquoi cette mage aux faux airs d’intello détraqués ? Car elle me résistait ? Je n’en savais rien. C’était stupide, dans le fond.
Après tout, Juny devait certainement me détester.

J’étais sortie pour marcher. Je n’arrivais pas à rester en place. J’avais trop de pensées en tête. Trop de questionnement sans réponses. Qui resteront peut-être même ainsi pendant longtemps. Je me sentais bizarre aussi. Un mélange entre du dégout, de la peine, et ce sentiment indescriptible d’incompréhension. Je n’avais pas réussi à manger, tout ce dont j’arrivais à faire, c’était marcher. Alors j’ai marché à travers les couloirs du château d’Emeraude, pour finalement atterrir dans l’écurie. Ce devait être à cause de mon héritage elfique, mais j’aimais bien la compagnie des animaux – voir même plus que la compagnie humaine. Ils étaient en général calmes, c’était reposant. M’approchant d’une boxe, j’appelais un cheval qui s’approcha paresseusement. Lui caressant entre les deux narines, je me mis bien malgré moi à parler toute seule.

« Les humains sont bien étranges, tu crois pas ? »

Un petit rire passa la barrière de mes lèvres : nerveux était-il, nerveux et sans joie.

« On s’embarrasse de tellement de choses inutiles... »

Je faisais évidemment référence aux sentiments. Perfides choses. Ils pouvaient être merveilleux, comme l’amitié, l’entre-aide, et tout un tas d’autres choses. Mais ils pouvaient être détruisant. Et oui, je considérais ce que je ressentais comme détruisant. Et parfaitement inutiles.

« Des fois j’aimerai pouvoir éteindre tout ceci... »

L’animal s’ébroua et s’éloigna, comme s’il avait compris la teneur sombre de mes paroles. Il finit par se coucher dans la paille, et je poussais un soupire las avant de me tourner vers une autre boxe, vide celle-ci. Etrangement, je restais devant. Je ne savais pas trop pourquoi, mais le vide de cette boxe avait quelque chose... enfin, d’inexplicable. Un nouveau soupire passa mes lèvres alors que j’attachais mes cheveux en une queue de cheval haute. Quelques peu mal faites avec les bosses et les quelques mèches que je n’avais pas réussi à saisir, mais je m’en fichais, personne ne pouvait me voir.
Posant mes avant-bras sur la porte basse de la boxe vide, je m’y appuyais dans une attitude presque d’abandon. Que dire de plus ?

Je restais ainsi pendant un moment, long moment, sans tenter de réfléchir. Ce n’était pas bien compliqué, pour une blonde, dirait certains. Dirait certainement Juny. Cette pensée m’arracha un sourire amusé, qui partit ensuite bien rapidement. Pourquoi est-ce que je me mettais tout le temps à penser à cet arc-en-ciel sur patte ? Elle n’avait rien d’attirant. Plate comme une planche à pain, elle avait autant de formes qu’une huitre. Sa tête avait même la forme d’une patate transgénique. Elle n’avait rien d’attirant. Même au niveau de son caractère. Hautaine, madame qui pète plus haut que son cul merdique, toujours plongé dans les livres. Tellement concentrée qu’elle en fronçait son petit nez d’une manière ador-... Conne. Elle était juste conne.

« Pourquoi tu n'as pas continué ? »

Sa voix me surprit, et je me relevais aussitôt avec brusquerie, comme si l’on m’avait prise la main dans le sac. Tentant de reprendre un visage neutre, je fronçais les sourcils face à l’apparition soudaine d’une Juny sauvage. Sa voix était brusque, son attitude se voulait ferme. Cela changeait de sa panique d’il y a quelques heures, dans la Tour, ce qui aurait put me faire sourire, mais les muscles de mes joues refusèrent obstinément d’obéir. A vrai dire, aucuns de mes membres ne voulaient obéir à mes pensées. J’étais comme pétrifiée.
Juny poursuivit, demandant des explications au pourquoi du comment. Le silence finit par s’installer par la suite. Mes yeux d’un violet parfait étaient plongés dans les siens, presque noirs d’encre. Je réussis enfin à desserrer ma mâchoire au bout de quelques secondes de combat, pour finalement entre-ouvrir ma bouche et laisser s’échapper ma voix.

« J’en sais rien. »

Réponse courte, mais cela annonçait bien à quel point j’étais perdue. Juny semblait tout aussi perdue d’ailleurs, voir même plus que moi, en cet instant. Mais je ne savais même pas quoi dire. Je ne savais pas même quoi faire.
Et puis je me mis à rire. D’un rire nerveux qui secouait mes épaules d’une manière incontrôlable. Tout en riant, je secouais la tête. Toute cette situation était grotesque. Stupide. Je réussis finalement à me calmer au bout d’une minute, le regard cette fois-ci tourné vers le sol.

« Ca n’a pas de sens. Juste, aucuns sens. »

Je secouais encore une fois la tête, avec un sourire sans joie. Comme si je me moquais de ma propre situation. De mes propres réactions.

« Tu... »

Je m’arrêtais, n’arrivant pas à poursuivre. Je levais les yeux, avec une neutralité soudaine, les vrillant sur Juny.

« Je... enfin. J-je suis désolée. »

Puis prenant une grande inspiration comme pour tenter de me donner du courage, je détournais tout de même la tête par gêne avant de poursuivre comme si de rien n’était.

« Tu as le remède ? »
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MessageSujet: Re: Porcelain Heart ♦ Ana & Jun (G16) Sam 29 Oct 2016, 12:41

Partir, elle aurait mieux fait de partir. Peut-être n'était-elle pas prête à avoir cette conversation, peut-être... Elle ne savait pas. C'était bien ça le problème. Elle avait toujours su comment se positionner, à propos de tout le monde, Andrew y compris. Ana ne rentrait pas dans une case, elle était inclassable depuis un moment déjà. Juny avait continué de la mépriser, par défaut ; car elle ne savait pas comment s'y prendre autrement. Elle s'était sentie glissée un beau jour du dégoût à la haine. Elle aurait dû réaliser à ce moment là. C'était un fait, elle détestait Ana. Violemment, passionnément. Elle lui accordait de l'importance. Bientôt, l'envie pressante de tourner les talons laissa place à quelque-chose de nouveau. Juny ne voulait pas partir, elle voulait des réponses à ses questions.
J'en sais rien... Comme si elle pouvait se contenter de ça. J'en sais rien. Est-ce qu'elle savait, elle ? Ce n'était pas son domaine, c'était celui d'Ana. La provocatrice, c'était elle. Juny n'avait jamais fait que répondre à ses assauts. Elle n'avait jamais fait que rentrer dans son jeu, sans en mesurer les conséquences. Pour l'amour du ciel ! Elle aurait pu rentrer dans les ordres - si toutefois l'idée de dédier sa vie à un maître du grand bordel cosmique ne lui avait pas semblé aussi délicieusement risible.
Anaëlya peinait, cherchait ses mots. Juny la fixait, les nerfs à vif. Ça ne l'attendrissait pas, bien au contraire. En fin de compte, cela ne faisait que l'agacer d'avantage. Ana n'avait pas le droit de jouer cette carte-là. C'était injuste. Elle demandait si peu... Dis Ana, est-ce que je compte un peu ? Dis moi s'il te plait... Je suis quoi, moi ? Je sers à quoi ? Juny voulait juste en avoir le cœur net ; une bonne fois pour toute, baliser le terrain. Et puis tout irait mieux, forcément... Elle aurait de nouveau les idées claires.


- Je... enfin. J-je suis désolée.

Juny ferma les yeux. Mauvaise réponse.

- Ravie de le savoir, siffla t-elle.

Elle jeta la fiole à Ana. Elle était écuyère, après tout, elle était sensée avoir des réflexes. Elle était également supposée pouvoir aligner plus de cinq mots à la fois, mais apparemment, c'était beaucoup lui demander. Pas si étonnant que ça, finalement. Elle réservait simplement sa langue à un autre usage.
A croire qu'il était plus simple de l'embrasser que d'user d'un peu de salive pour lui fournir des explications. Brillant, vraiment. Le message était clair. Ana voulait juste qu'elle lui foute la paix. Comme c'était regrettable... Quoi ? Elle n'assumait pas ? C'est sûr, c'était plus simple de faire ce qu'elle voulait sans en récolter les fruits. Une chialeuse qui venait la poursuivre jusque dans les écuries, ça devait la gêner. C'était bien pour ça qu'elle s'était enfuie, n'est-ce pas ? Pour ça qu'elle n'avait pas continué. Dès lors que son adversaire craquait, à quoi bon continuer ? Elle avait cassé son jouet ? Pas de souci, elle passait au suivant ! Tout était tellement plus simple de cette façon...
Putain, ce qu'elle pouvait détester cette fille... Elle la haïssait tellement que ça la bouffait. Au moins, elle avait la réponse, pas vrai ? Elle n'était rien pour Ana. Elle n'était que... Non, elle ne voulait plus y penser. Ça faisait mal d'y penser.

- Ça ne marche pas comme ça, Ana. Tu ne peux pas dire que tu es désolée et passer à autre chose. Je vaux tellement mieux que ça... Mais tu t'en fous. Évidemment que tu t'en fous. C'est tellement évident...

Elle secoua la tête. Elle se sentait conne. Conne et pesante, le cœur lourd de sentiments.

- Moi aussi je suis désolée. Désolée d'avoir cru en toi. Promis, ça ne se reproduira plus.
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Anaëlya
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MessageSujet: Re: Porcelain Heart ♦ Ana & Jun (G16) Sam 11 Mar 2017, 17:34


Juny était... compliquée. Etrange. Bizarre. Enervante. Très énervante. Je ne savais pas où me placer avec elle. Je supposais que c’était totalement de ma faute. Après tout, c’est mon caractère de merde qui a fait que notre relation était ainsi. Caractère de merde ? Disons surtout très chiant et provocateur. Avec une fierté très élevée. Et j’avais comme l’impression que c’était son cas à elle aussi. Est-ce que je changeais ? Oui, je suppose. Je restais la même : la Ana brutal, sans tact, légèrement (beaucoup) superficielle qui ne savait pas y faire avec les relations humaines. J’avais fais des erreurs, et j’essayais certainement de les rectifier : c’était l’enseignement de Miyack, dans un sens. Assumer.
Le problème, c’était Juny. Juny compliquait tout. Qu’est-ce qui pouvait bien se passer dans sa putain de tête ? Elle qui se disait intelligente...
Je rattrapais la fiole que Juny me lançait sans vraiment y faire gaffe. Les réflexes, certainement. Les longues heures d’entrainement devaient y jouer aussi, puisqu’à force cela devient automatique. Enfin, je supposais qu’il vaudrait mieux que je supprime cette habitude car je pourrais avoir des surprises sur ce que je rattrape, surtout de la part d’un ennemi. Je me surpris alors à considérer Juny comme une ennemie. C’était étrange non ? Pourtant... Pourtant lorsqu’elle reprit la parole, la gène que je pouvais avoir depuis le début de notre échange partit d’un coup pour de l’énervement et de la frustration.
Je l’écoutais en serrant les dents. Plus ses paroles s’insinuaient dans ma tête et plus mon énervement grandissait. Mais qu’est-ce qu’elle avait, tout d’un coup ? Pourquoi elle disait cela ? Je ne comprenais pas ses paroles. Je ne comprenais pas sa réaction. Enfin si, je suppose, mais de là à avoir une réaction aussi violente... Cela cachait quelque chose, non ?

« Désolée d'avoir cru en toi. »

Sans m’en rendre compte, mes mains se crispèrent et celle tenant la fiole la brisa en mille morceaux. Certains morceaux de verre pénétrèrent ma peau, faisant couler le sang avec abondance, mais sur le coup, je ne ressentais rien.

« Putain t’es conne ou quoi ?!! » m’exclamais-je alors, mon ton transpirant l’énervement. « J’te fais des excuses et toi tu pètes un plomb ? Je suis pas ce genre de filles... Le genre qui s’excuse. Et toi tu comprends rien, tu ne sembles même pas faire l’effort. J’suis allée trop loin, je le sais, tu le sais, je veux juste réparer ça mais j’suis pas douée pour ça car j’suis pas ce genre de filles, et toi tu comprends rien, tu fais ta putain de princesse pseudo intelligente mais en fait tu comprends absolument rien ! » »

La tension monta au fur et à mesure que je parlais, jusqu’au moment où, de rage, je donnais un grand coup de poing dans une poutre avec ma main blessée. La douleur me tordit le visage tandis que je me tins ma main blessée avec mon autre main.

« Dégages d’ici ! Je veux plus te voir ! VAS-T’EN ! »

Je parlais sous le coup de l’émotion, c’était un fait. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Je voulais qu’elle parte. Je voulais qu’elle parte et qu’elle me laisse tranquille. Je voulais qu’elle parte car de toute manière, c’était une idiote qui ne comprenait rien à rien.
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Juny
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MessageSujet: Re: Porcelain Heart ♦ Ana & Jun (G16) Hier à 15:53

Juny sursauta lorsque la fiole éclata dans la main d'Ana. Ses yeux allaient de la paume ensanglantée de l'adolescente à son visage. Ses yeux jetaient des éclairs. Elle semblait sur le point d'imploser, au lieu de quoi, elle se mit à hurler. Sidérée, Juny dût se retenir de reculer. Pourtant, elle était assez éloignée d'Ana pour ne pas se sentir directement menacée par son soudain éclat de violence. Cela n'empêchait pas son coeur de battre à tout rompre et sa gorge de se serrer. Elle ne comprenait pas la réaction de l'écuyère. Juny peinait encore à comprendre le comportement des gens qui l'entouraient, elle n'était pas douée pour les relations humaines et nombre de réactions qu'elle observait lui paraissaient étranges et inadéquates, surtout celles d'Ana. Elle semblait... comme touchée par les mots de Juny. Pourquoi ? Si elle se moquait à ce point de ce que pouvait ressentir la magicienne, elle aurait dû s'en laver les mains, lui rire au nez. Pourquoi réagissait elle avec tant de véhémence ?
Silencieuse, Juny écoutait Ana lui crier au visage. Si vraiment, comme elle le prétendait, elle avait essayé de réparer ses erreurs en présentant ses excuses, elle avait raison de dire qu'elle ne savait pas y faire. Peut-être que Juny comprenait mal, mais au moins elle essayait de déchiffrer les réelles intentions d'Ana. Elle n'essayait pas de jouer les princesses érudits, elle était juste... Elle... elle voulait seulement une réponse à ses questions. C'était trop injuste de lui hurler dessus parce qu'elle ne savait pas, parce qu'elle ne comprenait pas assez vite ! Elles faisaient toutes les deux des conneries et cela n'irait pas en s'arrangeant si elles s'obstinaient à ne pas chercher à se comprendre. Mais avant que Juny ait pu prononcer un mot, la sentence tomba des lèvres d'Ana, manquant de faire vaciller Juny.
Que... quoi ? Elle ne voulait plus la voir ? Non, elle ne pouvait pas le penser, hein ? Elles n'arrêtaient pas de se disputer mais cela ne les empêchait pas de revenir à chaque fois l'une vers l'autre. A moins que Ana ne veuille vraiment sortir Juny de sa vie ? Alors, elle tenait si peu à elle que ça ?  Assez pour la balayer d'un revers de main ?
Pour une fois, Juny manqua d'obéir à Ana et de s'en aller, selon son souhait. Elle qui avait cru l'instant d'avant que la colère d'Ana était le reflet d'un certain attachement voyait de nouveau ses théories remises en cause. Mécaniquement, la magicienne tourna le dos à l'adolescente et avanca vers l'entrée de l'écurie. Juny finit par s'immobiliser à deux pas du grand battant de bois, un peu tremblante, les poings serrés. Elle n'avait pas l'habitude de ressentir autant de choses dans un si court laps de temps, son coeur allait finir par exploser. Elle se retourna, affrontant le regard noir d'Anaëlya.


- Tu ne veux vraiment plus me voir, alors ?

Sa voix était beaucoup moins forte que précédemment. Elle aurait pu tenir tête à des rois, à des empereurs, humilier des généraux, railler des bourreaux, mais Ana... Elle n'en pouvait plus d'affronter Ana. Ca ne lui plaisait pas de l'insulter, pas plus que cela lui plaisait de paraître aussi pitoyable face à elle. Juny tentait de son mieux de cacher l'inquiétude qui percait dans chacun de ses gestes, chacune de ses respirations. Elle voulait partir et lécher ses plaies dans un trou de souris, elle voulait rester et tenir tête à Ana... Juny ne savait plus quoi faire. La peine, l'espoir, l'indignation lui soulevaient la poitrine et lui paralysaient l'esprit. Que dire, quoi penser ? Tout était confus.


- Je ne comprend peut-être pas toujours tout mais... avec toi je ne sais pas comment je suis sensée me comporter et je ne sais jamais ce que tu penses vraiment.


Juny savait que ce qu'elle allait dire ensuite était le test décisif, la seule chose à retenir. Après une longue respiration, elle reprit.


- À quoi bon se voiler la face ? Je tiens à toi, mais si ça n'est pas réciproque, alors en effet, je ferais mieux de partir.
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